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Le blog de Pinkernes

  • Ne tombons pas dans le piège

    La Primaire de la droite est passée, avec la victoire sans appel de François Fillon.

    Beaucoup à droite s'en réjouissent pour trois motifs principaux:

    -  le moindre mal moral que serait l'élection de M. Fillon à la tête de l’État, bien que cette catégorie de personnes soit en nette diminution au fil des semaines.

    Il est certain qu'après les cinq dernières années catastrophiques que la France a vécu sur la protection de la famille, de la dignité des personnes et dernièrement sur la liberté d'expression, la venue de M. Fillon ne peut que constituer l'espoir d'un mieux.

    Après cinq années de manquement criant à la dignité présidentielle, la stature d'un homme qui s'exprime correctement, qui présente un air digne et fait appel à des sentiments de fierté française ne peut pas être mal perçu.

    Néanmoins, si le programme peut à certains égards (très critiquables à mon sens) justifier un moindre mal pour certains, la dernière semaine de campagne couplée à un débat de piètre qualité a démontré plusieurs choses:

    La peur panique de toucher au droit "essentiel", à défaut de fondamental (belle argutie juridique d'un titulaire d'une maîtrise en droit public soi dit en passant), qu'est devenu l'avortement.

    L'incapacité flagrante à revenir sur la loi Taubira, sinon par un "alignement" dont je ne vois aucun avantage à retirer sur la jurisprudence de la CEDH dont il disait pourtant pis que pendre peu de jours avant (encore une jolie argutie de juriste).

    Les contradictions évidentes entre une politique fiscale qui semble au premier abord plutôt favorable aux familles (bien qu'on puisse ici également opérer de sérieuses critiques), et une politique éducative qui retire par principe les enfants encore plus tôt à leurs parents, une réforme judiciaire qui promeut un accompagnement administratif et non plus judiciaire de l'enfance en difficulté, une réforme du droit du travail qui empêchera davantage de nombreux couples d'éduquer leurs enfants, laissant à l'école et à des salariés (dont je ne critique pas la compétence professionnelle mais la légitimité) ce "travail".

    Les difficultés fondamentales à appréhender la subsidiarité, ligne pourtant directrice de la doctrine sociale qui vise à promouvoir le bien commun: suppression des corps intermédiaires au lieu de réforme de ces corps, vision tournée autour de l'individu atomisé et non des corps réels de la société (famille, syndicats, entreprise, collectivités, Etat...), conception de classe liée à l'individualisme (dernièrement M. Fillon a parlé des "plus modestes" qui seraient protégés de sa réforme de la SECU), suppression des fonctionnaires ou de certains lieux essentiels impactant directement les "périphéries" qui souffrent déjà d'un abandon par l'Etat de certaines de ses prérogatives régaliennes et non régaliennes (suppression de TGI, de cours d'appel notamment)

    Bref, si je peux entendre certains arguments sur ce point, le choc proposé ne me semble pas correspondre à tous points de vue (négociables et non négociables) à une conception visant au Bien commun de la Cité.

    - l'adhésion au programme, étape souvent transitoire.

    Cette adhésion est une suite logique de la première étape à laquelle il est vraiment difficile de demeurer.

    Outre les points soulevés, l'adhésion à un tel programme m'apparaît très dangereux (encore une fois je reconnais de bonnes choses, mais qui ne compensent pas pour moi les points négatifs).

    Il ne fait que reprendre la vieille tradition française.

    Les électeurs de droite aiment ce qui "fait sérieux" en économie, surtout à "tendance" libérale, mais n'assumant pas leurs convictions les gouvernements de "droite" perdent sur le sociétal (défense de la vie, de l'identité, etc)

    La gauche promeut le sociétal, ce qui irrite l'électeur de droite, et perd à cause de son action économique dont elle n'assume pas l'évolution auprès de ses électeurs.

    Je ne vois pas en quoi M. Fillon sort de cette dialectique mortifère.

    Un dernier évènement l'illustre: c'est au nom de la liberté d'expression (certes importante) et non au plan de la lutte en faveur de la vie (comme le dit M. Jacob la loi Veil a été votée par un gouvernement de "droite"), que les députés LR voteront contre le délit d'entrave numérique à l'avortement.

    Pourtant, beaucoup désormais adhèrent à cette conception partielle et fausse du bien commun: le "choc" économique opèrera le redressement moral...

    - dernière étape, l'adulation du candidat

    Le piège avait parfaitement fonctionné en 2007, avec un homme dont il faut bien reconnaître le charisme.

    Il semble fonctionner de nouveau en 2016, avec un homme au tempérament bien différent.

    De ce que je lis, je ne peux que constater l'apparition d'une admiration envers l'homme, écartant son passé politique, les défauts éventuels du programme ou justifiant des déclarations inconcevables pour un catholique au profit de l'idéalisation de "Fillon l'homme qui va à Solesmes en vacances".

    Nous n'avons pas besoin d'un chef d'Etat catholique, mais bien d'un chef d'Etat qui vise le bien commun.

    Je préfère un gros païen ou un président sans morale qui améliore les choses pour le bien commun qu'un catholique qui promeut des éléments dangereux pour la France, sa souveraineté, l'accès au bonheur matériel, moral et spirituel de ses membres.

    Une chose m'inquiète davantage.

    Il faut urgemment lutter contre l'assimilation "Fillon-électeur catho de droite", laquelle risque de faire un grand tort à la voix des catholiques en politique, tant sa conception m'apparaît éloignée sur beaucoup de points à la recherche du bien commun.

    Ne pas distinguer les deux risque d'entraîner les catholiques dans un piège dont ils auront du mal à s'extraire.

    Et pour cela, il convient de lutter contre l'adulation du candidat.

    Pour conclure, je rappellerai que l'existence de catholiques en politique ne garantit pas un succès: l'Empire romain devenu officiellement chrétien n'a pas empêché la chute de Rome ou de Constantinople. Le Roy très Chrétien Louis XVI n'a pas empêché la Révolution. La Restauration n'a pas empêché la misère ouvrière.

    Distinguons les glaives et les modes d'action, recherchons tous le Bien commun, mais par pitié, méfions nous de M. Fillon.