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  • Dieu nous garde de l'équité de la CEDH

    Il est de bon ton dans les milieux catholiques d'affirmer sa foi en une Europe de la paix (Credo in unam Europam) qui permettrait au Vieux Continent de faire le poids face aux Etats-Unis ou à la Chine (ou la Russie, ou l'Inde selon les circonstances) et de trouver sa place dans un monde globalisé et sans âme (bla bla bla...). Bref c'est un noble but.

    Mais si le but et les moyens sont dévoyés, est-il envisageable de sortir des institutions européennes? Tu abuses Pinkernes. Il est regrettable que l'Europe (UE + Conseil de l'Europe) fonctionne mal. Mais c'est le sens de l'histoire! On ne va pas revenir sur les Traités! Et puis il y a des choses qui fonctionnent bien! Et puis il ne faut pas rejeter toute la faute sur l'Europe ! Et puis on ne veut pas la guerre (argh)! Et puis on sait bien que tu n'est qu'un affreux pessimiste un peu faf sur les bords! Et puis une réforme pour plus de démocratie et de la justice sociale suffiront à changer l'Europe! etc.

    Tout n'est pas faux dans ce que je viens d'écrire (et non je ne suis pas faf). Mais cette fatalité/croyance générale est éprouvante pour mes nerfs. Elle est hélas tellement partagée qu'elle devient un lieu commun. On ne peut déconstruire l'Europe. Quels que soient les partis, les courants d'opinion (hors le micro parti UPR sur l'UE), les personnes (hors quelques amis dans la même veine), personne n'ose remettre en question fondamentalement (pas sur les marges hein!) un système qui devient tranquillement un moyen d'imposer la culture de mort de manière durable et juridiquement (presque) incontestable. Une dictature soft de la pensée mortifère.

    Ces derniers temps c'est la Cour européenne des Droits de l'Homme (et de la femme et des LGBT et des sans-papiers et de toute personne qui ne ressemble pas à un homme blanc entre 25 et 60 ans) qui nous régale. C'est parce que c'est sans doute la première fois que l'on expose autant ses décisions au public. Autour de moi les gens tombent du ciel.

    "Quoi? Il est envisageable qu'on puisse un jour imposer un mariage homosexuel dans toute l'Europe? Quoi? La GPA à l'étranger doit être reconnue en France! Quoi? Il est impossible qu'une loi française dise alors le contraire! Quoi? Peut être que Vincent Lambert pourra être débranché et que ça s'imposera à tous les cas similaires! Mais c'est pas démocratiiique (cri hystérique)!!!"

    Que dire? Ben oui. Et en effet on ne peut même pas t'en vouloir d'avoir voté pour vu que le Conseil de l'Europe n'a pas d'organe élu représentatif des citoyens. Etant donné que tu ne veux pas fondamentalement remettre en cause certains dogmes de ton logiciel de pensée j'en arrive même à comprendre ton étonnement. Personnellement ça fait un bail dans le cadre de mon métier que je vois avancer ces choses et qu'on se moque de moi en me traitant d'excité.

    Le problème est que les gens ne s'en rendent en général compte que lorsqu'il est bien trop tard...Tant que ça ne concernait que l'économie, les questions prudentielles de la doctrine sociale en général, nos braves catholiques déploraient pour certains et approuvaient pour d'autres la perte de souveraineté. Mais aujourd'hui qu'on en arrive à des décisions relatives à la morale, donc au Magistère, c'est la panique.

    C'est pas faute de l'avoir dit et répété. Sauf catastrophe sociale, la France est et sera de moins en moins gouvernée par des dirigeants (ayant au moins une légitimité élective): sur les questions économiques par le biais de l'UE, sur les questions sociétales par le biais de la CEDH. Et ce dernier point est bien plus grave encore que le premier car il en est l'aboutissement libertaire logique. Sur les questions sociétales, nous arrivons à un gouvernement de juges chargés d'apprécier à la lumière tamisée d'une loge de leur raison éclairée ce qui est bon pour l'homme européen (la lutte d'influence que se sont en plus livrées les organes judiciaires de l'UE et du Conseil de l'Europe n'a rien arrangé à l'affaire).

    Les justifications sont intellectuellement brillantes. Remplies de sophismes, mais brillantes. Même Socrate aurait eu du mal face à des adversaires aussi coriaces. Le fait est qu'une poignée de juges impose tranquillement, à pas feutrés, en revenant parfois en arrière pour mieux sauter (c'est d'ailleurs ce qui se passera peut être sur le cas Vincent Lambert ou l'euthanasie comme cela s'est passé sur d'autres domaines), des décisions inacceptables pour un catholique.

    Pourquoi ces décisions sont-elles dangereuses?

    Tout d'abord parce qu'elles reposent sur une énième charte autour des droits de l'homme interprétée extensivement. Sa légitimité est donc maximale: les droits de l'homme ne sont-ils pas la loi naturelle moderne (même chez beaucoup de chrétiens)? Ensuite parce que ces arrêts ont une valeur supérieure à la loi. Toute jurisprudence impose une révision de nos lois et l'impossibilité de créer des lois contraires...C'est ainsi. Pourtant la CEDH ne dispose d'aucun pouvoir de coercition. Il serait théoriquement possible d'aller envoyer balader les arrêts. Mais ce serait manquer à la parole internationale de la France. Et personne n'ose aller contre ce dogme important par ailleurs (répercussions diplomatiques, médiatiques, politiques, etc.). Enfin parce que ces décisions ne concernent pas vraiment les gens. Le citoyen ne s'intéresse qu'à la marge à la GPA, à l'euthanasie, au mariage gay, étant donné le peu de chance que ça le concerne un jour dans sa petite vie.

    Quand je vous disais que l'homme politique français de 2014 n'a pas vraiment de pouvoir...vous me croyez maintenant?

    Quelles solutions?

    Au niveau des partis il n'y a hélas pas de solution réaliste à court terme. Avoir le courage de proposer la sortie du Conseil de l'Europe reste utopique (aussi fou que de réformer le système économique mondial), sauf bouleversement social majeur dans le pays (qui peut arriver!). Les parlements d'Ancien Régime sont bien tombés avec la révolution. La CEDH n'est que le parlement de notre régime moderne. Les autres solutions (refonte, nomination de bons juges, refus d'appliquer les arrêts) ne sont actuellement que du temps gagné qui n'aura servi à rien au jour d'une alternance politique (on a vu ce qu'a donné l'abandon de la politique minimale de la chaise vide de de Gaulle le jour où les proeuropéens ont repris le pouvoir en France).

    De toute manière, la guerre menée n'est pas sur la législation française ou un arrêt de la CEDH sur la GPA, le mariage homo ou l'euthanasie. Ces questions relèvent de la bataille (juridique, politique, médiatique) qui peut être gagnée ou plus probablement perdue. Ce ne sont plus que des micro-conséquences d'une guerre bien plus vaste.

    La guerre c'est celle du mariage fondateur du foyer, cellule de base de la société. Et c'est de cela dont il faut absolument parler et investir (et beaucoup le font avec toutes les associations et fondations diverses!!!). D'abord de cela. Le reste mourra de lui-même par l'action politique des personnes investies dans les partis si ce combat culturel est gagné. C'est le divorce et ses conséquences qui concerne les gens. Ce sont les effets de la pilule et de l'avortement qui interpellent les femmes. C'est le rapport à la mort et à la transmission qui parle aux personnes âgées et aux plus jeunes. C'est hélas vraiment pas gagné. L'Eglise elle-même ne présente plus un front uni sur le mariage avec la question de la communion des divorcés remariés. De fervents opposants au mariage homo sont favorable au PACS. De nombreux opposants à la PMA pour les lesbiennes y sont favorables pour les couples stériles. De nombreux catholiques acceptent le principe du divorce même par consentement mutuel (je ne confonds pas ici avec la possibilité de nullités de mariage ce qui est une question différente). Mais ces  contraintes ne doivent pas nous empêcher de parler d'abord et avant tout de cela. L'homme politique se limitera dans le cadre de la bataille à un moindre mal consensuel : PACS, encadrement de la PMA aux couples infertiles (proposition du Grenelle de la famille...), retour déjà bien plus improbable sur le divorce par consentement mutuel ou pour rupture de la vie commune. C'est selon moi fort peu étant donné qu'il ne s'agit encore une fois que de conséquences très extrêmes de causes bien plus graves, même si ça semble à certains énorme.

    Pour conclure, je n'ai rien contre le système de la CEDH tel qu'il est conçu. Que les juges ne soient pas élus m'importe peu. Ils sont les reflets de leur époque, de leurs peuples, et/ou de leur idéologie. Quand la racine est mourante, l'arbre produit peu de fruits...

     

     

  • La messe est dite

    g

    xastanet

     

    cas

        

    Que peut on retenir et approfondir lors de la fête de la Sainte Trinité lorsque des ballons multicolores se promènent devant votre nez pendant une heure?

    Une fois n'est pas coutume, les raisons familiales m'y contraignant, je me suis rendu dans une paroisse inhabituelle pour la messe dominicale.

    Ce n'était pas la première fois que je m'y rendais et, hélas, il s'y passe preque à chaque fois des évènements pénibles à vivre.

    J'avais eu une première discussion avec le prêtre sur l'agencement intérieur de son église décidé après une "concertation paroissiale" (on est démocrate où on l'est pas). Les bancs se trouvaient de part et d'autre de la nef (ce qui permettait de mater les beaux yeux de la fille d'en face et de saluer ses amis en allant communier), le centre de la nef étant laissé au prêtre assis dans l'entrée, le baptistère posé au milieu, l'ambon installé un peu plus loin et l'autel mis dans le "nouveau" choeur. Cet agencement qui se voulait "antique" (je me demande encore de quelle antiquité chrétienne il s'agissait) au sein d'une église en plan en croix était tout simplement nul. Le plus drôle est qu'il fût interdit par la mairie (pas vraiment folle de la messe) pour des raisons de sécurité...

    Pour couper la poire en deux (on a pas le droit mais on le fait quand même), il fut décidé que l'ambon resterait au milieu de la nef avec quelques bancs de part et d'autre, mais le reste fut remis dans une position plus classique, et surtout un peu plus respectueuse des canons liturgiques et de l'architecture des lieux...

    Et voilà ce fameux dimanche. Arrivé dans l'église, me voilà face à des ballons multicolores dans l'église, certains sur les fresques du plafond, d'autres accrochés derrière le prêtre, d'autres au gré des courants d'air du bâtiment montant et descendant au milieu des fidèles, sous les regards intrigués de certains et amusés d'autres...

    Heureusement, il s'agissait d'une démarche spirituelle (ouf!): la veille, les jeunes enfants du "caté" avaient ainsi pu accrocher au bout de leur ballon gonflé à l'hélium une intention de prière sur un petit carton blanc...Le symbole de la prière montant au Ciel était si beau (non je déconne). Pas de bol, certaines prières avaient du mal à rester au Ciel (à lire le contenu de certains cartons je comprends qu'elle ne soient pas montées bien haut).

    Et là j'ai craqué. Je n'ai pas hurlé. Je n'ai pas frappé le concepteur de cette idée merveilleuse. Je n'ai pas fui en courant. Mais j'ai craqué intérieurement.  Outre que les enfants voulaient tous un ballon, que j'étais distrait par ce prêtre installé sur ce "trône de baudruche" et que régulièrement l'un d'eux descendait vers moi pour me narguer, je me disais qu'on était pas sorti de l'auberge.

    En 2014, il se trouve encore des gens (pleins de bonne volonté) pour croire qu'on va catéchiser les enfants en leur faisant gonfler des ballons multicolores avec un bout de carton accroché au bout! Pourquoi pas des "Jésus en bouchon de plastique" comme le disait un confrère du même ordre que ce pauvre prêtre?

    Je ne lui jette pas la pierre. Etre prêtre est tellement difficile aujourd'hui. Au demeurant le reste de la messe se déroule bien. Il fait des sermons qui m'intéressent, se revêt d'ornements liturgiques simples mais complets, et célèbre la messe sans (trop) rajouter au canon. Je ne suis même pas certain qu'il soit à l'origine de cet évènement.

    Mais l'ambiance générale de cette paroisse est déprimante. Huit clochers de villages importants en banlieue et il n'y a plus qu'une messe le dimanche (plus une le samedi soir). Et la remise en cause de cette longue agonie consiste à faire gonfler des ballons de baudruche aux enfants du caté. On continue d'adopter des stratégies qui échouent depuis 40 ans et qui ne peuvent qu'échouer.

    Quelle chance y-a-t'il d'intéresser ces quelques jeunes, dont les familles ne doivent pas tellement les soutenir sur le plan de la formation chrétienne, si la seule image qu'ils ont de l'Eglise est un samedi après-midi à gonfler des ballons à l'helium en inscrivant une intention de prière plus ou moins profonde sur un bout de carton? Aucune.

    A 14 ans, pour s'occuper ils préfèreront l'ordi, le portable et la tablette, les filles/mecs à embrasser, les fringues et le porno, le foot et le rugby, les soirées et autres occupations diverses ...à coté les ballons de baudruche du caté feront triste figure.

    Je veux bien que l'Esprit-Saint souffle où Il veuille, mais sans une aide de la nature il ne va pas non plus forcer les choses pour tout le monde. Et je n'ai plus aucune force pour aller voir ce prêtre. C'est lui le chef, je ne suis chez lui que de manière exceptionnelle, il m'a déjà répondu que j'avais tort sur son agencement ecclésial et il n'y a aucune raison que ce soit différent pour ses ballons déguelasses. Et bien qu'il voit les conséquences.

    Je suis seulement triste pour les âmes de cette paroisse...