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  • Le but en vaut-il les moyens ?

    La coupe du monde de football s'achève. Le Tour de France débute. Viendront l'athlétisme, la natation, le tennis, le handball, le rugby...L'actualité sportive est permanente et très médiatisée.

    Tout le monde se doute que nombre d'athlètes de haut niveau ne tournent pas qu'à l'eau claire, et pourtant personne n'ose véritablement l'affirmer et préfère voir le bon côté des choses. Le pape en appelle au sport qui rapproche les peuples et les cultures. C'est que le sport de haut niveau a cette capacité à rassembler les foules fascinées par l'esthétique et la performance, défendant des couleurs de clubs, de nations, ou s'attachant à la vitesse ou à la force d'un homme ou d'une femme.  Il est aussi vecteur de sensations exaltantes, de stress, de plaisir, d'adrénaline, de peur, de tristesse même. Il fait sortir du cadre ordinaire des sentiments humains, il bouscule la raison pour laisser au corps et aux sens un exutoire. Il est aussi un bouc émissaire social. Il apaise les tensions le temps d'une compétition et permet en cas d'échec de reporter les malheurs collectifs sur une personne ou un groupe. Il est en cas de victoire un ferment d'unité. Ces choses ne sont pas toutes mauvaises en soi, à condition qu'elles soient bien ordonnées. Est-ce encore le cas? Le sport est de plus en plus anti-rationnel. Il fait aujourd'hui "vibrer". Le sentiment prédomine (les marques et les publicitaires l'ont bien compris qui sponsorisent et mettent le sport en avant car ils fonctionnent sur les mêmes ressorts). Face à ce sentimentalisme le sport répond par la statistique, fausse rationalisation qui rassure la raison mais ne répond pas à la cause réel du problème posé par le sport de haut niveau moderne.

    Cela soulève des questions innombrables sur notre rapport au sport. Aimons nous ce qui est beau, bien et vrai dans le sport, où nos intentions et notre regard sur le sport sont-ils moins purs? Moi le premier.

    Ainsi, aujourd'hui je voudrais mettre le doigt sur une question importante: le sport de haut niveau, pourquoi pas, mais à quel prix pour les êtres humains dans le système?

    Je crois, hélas, que culte de la performance bloque les questions légitimes que l'on doit se poser en regardant le sport à la télévision.

    - un athlète de football néerlandais de 34 ans court à 37 km/h durant un match de 90 minutes (9.73 au 100 m...), avec répétition des efforts et balle au pied. Il  ne crée pas la stupéfaction mais l'admiration. Il faut dire qu'il a le même médecin "piqueur" que notre Ribéry national.

    - une finale de tennis à Wimbledon dure 5 heures avec la même violence dans la frappe des balles. Cela ne perturbe personne.

    - un athlète jamaïcain à l'hygiène de vie loin d'être présentée comme un modèle pulvérise les records du monde du 100 et 200 mètres (à plus de 37.5 km/h de moyenne). C'est extraordinaire et lié à ses capacités naturelles.

    - un rugbyman sud africain ressemblant à un haltérophile, mais un haltérophile capable de courir aisément un 5000 m et 3 sprints dans le même match, de plaquer 12 fois son alter ego sans faillir, finit 15 ans plus tard dans une chaise roulante parce qu'il a des maladies étranges. Cela ne fait que se lever un petit sourcil de temps à autre.

    - plus grave. Un ancien vainqueur espagnol du tour de France revient sur le devant de la scène aussi fort qu'avant sa suspension. Tout le monde émet des doutes. Mais personne ne l'empêchera de courir...La nécessité sentimentale du spectacle dans une société sans joie véritable prévaut encore sur la suspicion.

    Le sport de haut niveau est inhumain. Tout y est analysé, détaillé, mis en statistique. L'assistant vocal de Microsoft, Cortana, en arrive à ne (presque) plus se tromper sur les prédictions des résultats des matchs tant les données disponibles sont importantes. La raison débordée, l'homme fait même appel à des animaux pour prédire les résultats, nouveaux augures d'une religion païenne.

    Quant aux hommes et femmes, ce sont dans certains sports des esclaves dignes des gladiateurs. Séparés très jeunes de leurs familles, ou isolés de leurs camarades, ils sont élevés dans un pays étranger au leur et configurés pour gagner ou être éliminés du système sans pitié. On parie sur eux comme sur des chevaux de course. Riches, reconnus, mais à la culture très limitée et aux frasques délirantes, ils font la une de magazines people, sont vénérés comme des idoles et se prennent parfois pour des dieux. Peut-il en aller autrement? C'est peu la faute de Ribéry s'il affirme que la "routourne va tourner". Ce n'est pas que la notre, mais nous avons notre part, nous qui payons pour regarder ces matchs sur des chaines payantes, chez soi ou au bar, nous qui regardons les sites sportifs, nous qui allons au stade dépenser de l'argent, nous qui achetons des maillots, nous qui en faisons "un grand joueur", un possible "ballon d'or" par rapport à ses "statistiques" de performance ou qui l'accablons lorsqu'il échoue ou qu'il laisse supposer qu'il se dope. Notre charité envers les sportifs est hélas très limitée.

    Le sport de haut niveau a ses qualités. Certains sports demeurent encore dans un cadre humain. Hélas, à l'heure actuelle, il me semble de plus en plus délicat de ne plus le regarder de manière très critique dans certaines disciplines. Se féliciter d'une performance inhumaine, applaudir à l'irrationnel, participer même indirectement à l'esclavage moderne des gladiateurs me pose une question: 

    L'esthétique du spectacle qui me réjouit compense-t-elle encore les défauts de celui-ci? Le but en vaut-il les moyens?