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  • Brexitation

    Ca y est, ils s'en vont (enfin, ils ont dit qu'ils voulaient s'en aller, ce qui n'est pas pareil).

    Analystes, journalistes, politiques, experts ne cessent de chercher les raisons du départ de la Perfide Albion qui, une fois n'est pas coutume, ne s'est pas éclipsée à l'anglaise.

    On a le choix entre les vieux qui votent mal, les "nauséabonds" populistes identitaires, les classes populaires qui n'y comprennent pas grand chose, la peur de l'Autre qui n'est pas un enfer, l'irrationnel, la mauvaise pédagogie des européistes qui ne savent pas expliquer que c'est pas toujours la faute de l'Europe...

    Malgré ces analyses foncièrement optimistes et absolument pas méprisantes pour les braves électeurs, promis! Juré ! tous ou presque affirment dans un élan de sincérité émouvant :

    "Je vous ai compris" (à prononcer avec les bras en V s'il vous plaît)

    Pourtant depuis 1958 il est évident que cette sentence pose question: peut on tromper mille fois mille personnes ?

    Bien plus, tous cherchent à raviver la flamme (sacrée?) face à l'épreuve traversée.

    Et quoi de mieux pour cela que de rappeler l'Idée d'Europe : la Grande Idée (Gloria) face au méchant Grand Marché (Vade Retro, Satanas) !

    Les Idéaux Fondateurs (la Pierre d'angle) face à la Bureaucratie (le béton armé) !

    Rappelons la devise de l'Union européenne : "Unie dans la diversité".

    C'est beau, c'est grand, c'est émouvant.

    Las, il faut avouer que les idéaux, c'est gentil, mais c'est assez limité, surtout lorsqu'il s'agit de s'unir dans la diversité.

    Parce que la Paix n'est sans doute pas exactement la même pour le polonais qui accueille à bras ouvert l'armée américaine sur son sol pour se protéger de l'Ours russe, le hongrois qui construit une barrière pour empêcher l'afflux de migrants, le banquier de la City qui fait du business, le paysan du Larzac qui cultive son potager, le catholique traditionaliste à la sortie de Saint Nicolas du Chardonnet et le musulman d'une mosquée de la banlieue de Bruxelles.

    Parce que le besoin de Solidarité n'est peut être pas exactement ressenti de la même manière par le président du MEDEF, le patron de la CGT, les membres du Bildelberg, l'ouvrier tchèque, la mère célibataire et l'avocat du Cabinet d'affaires à Turin.

    Parce que la Tolérance n'a pas exactement les mêmes conséquences selon qu'on la définit comme le respect de la culture de l'autre qui vient nous enrichir et l'acte de volonté qui autorise d'accepter un moindre mal que l'on peut maîtriser ou supprimer (vous savez, les maisons de Tolérance de Saint Louis, l'Edit de Tolérance de Henri IV, toussa toussa...)

    Pourtant, selon ses hérauts, l'idée d'Europe aurait naturellement dû infuser les peuples parce qu'elle est  belle, exaltante, et que finalement qui est contre la Paix, l'Amour et la Concorde universelle?

    Pas si crétins, ils ont néanmoins compris que si c'est très beau, trois fois hélas, ce n'est pas concret.

    C'est pourquoi on a créé les Traités pour incarner ces belles idées.

    Pas de bol, manifestement ca ne fonctionne pas ou a minima ça fonctionne mal.

    Pourtant ces traités on les modifie régulièrement, avec ou/et sans l'aval des personnes à qui ils s'appliquent.

    On explique également que c'est un mieux pour les petites gens dans la mondialisation, qui vivront bien économiquement, qui seront protégés, qui iront dans le sens de l'histoire puisque le "repli sur soi" est forcément "dangereux" et "sombre comme le haut Moyen-Age au fin fond d'un duché allemand".

    Mais ca ne fonctionne toujours pas.

    Il y a toujours des méchants réactionnaires, des pauvres ou des types bizarres qui n'en veulent pas.

    Mais pourquoi?

    Pour les hérauts de la Diversité dans l'Idée d'une Europe Unie (D.I.E.U pour les intimes), ce ne peut pas être la faute du projet européen en lui-même.

    C'est impossible.

    C'est uniquement parce que les vieux qui votent mal, les "nauséabonds" populistes identitaires, les classes populaires qui n'y comprennent pas grand chose, la peur de l'Autre qui n'est pas un enfer, l'irrationnel, la mauvaise pédagogie des européistes qui ne savent pas expliquer que c'est pas toujours la faute de l'Europe s'y opposent.

    Mais cette fois on les a compris.

    Et pour changer tout cela on va...rédiger un nouveau Traité!

    Plus simple (promis), plus proche des gens (mais pas forcément soumis à leur approbation), plus enraciné dans son préambule (parce que l'identité c'est mal mais on fait mieux passer la pilule en l'évoquant de temps en temps sans véritablement qu'il y ait d'incidences concrètes), plus "intégrateur" (parce que l'unité dans la diversité c'est sympa, mais l'unanimité ça commence à bien faire), plus social (parce que le social c'est bien).

    Un traité "plus mieux" en somme, où les institutions fonctionneront "plus mieux", avec des gens qui vous auront "plus mieux" compris pour tendre à un "plus mieux" économique d'un espace "plus mieux défini", etc.

    Bref, on prend note et on continue comme avant en modifiant à la marge.

    Parce qu'en cherchant le mieux, qu'on fait toujours reposer sur des principes abstraits pour tenter de rapprocher une diversité qu'il est par nature impossible d'unir sur un grand nombre de sujets, on passe toujours à côté de l'essentiel, le bien (commun).

    Car le but d'une société n'est pas d'unir dans la diversité (bien entendu qu'il y a un besoin de s'unir pour vivre ensemble si l'on considère que chaque personne est différente de son voisin).

    L'objectif de la société c'est de permettre les conditions d'une vie vertueuse pour les hommes qui la composent (c'est pas de moi, c'est d'un conventuel nommé Thomas, vivant auXIIIème siècle, qui a eu un certain succès à son époque). 

    Cela nécessite tout de même,au préalable, l'existence d'une société...

    Or une société ne se crée pas en l'imposant par la force, fût elle non armée et parée des vertus de la loi.

    Une société ne se crée pas en conférant ex nihilo une citoyenneté européenne.

    Une société ne se crée par du jour au lendemain uniquement parce que "la guerre c'est mal et que maintenant on va faire la paix entre nous".

    Une société ne se crée pas si elle se contente d'affirmer que le seul développement économique rendra les gens vertueux et heureux.

    Bien davantage, une véritable société ne se crée pas si elle ne répond pas à des besoins communs et ne permet pas la "bonne vie", la "vie décente" de ses membres.

    A ce titre, unir dans la diversité présente forcément le risque d'unir par le haut en supprimant toute diversité.

    Le projet européen est à ce titre utopiste parce qu'il croit créer du réel à partir de l'abstrait.

    Le projet européen est également idéologique parce qu'il prend une part (mineure) du bien commun (la soi-disant prospérité économique) pour en faire l'alpha et l'omega de ce qui est bon pour les membres de l'Union européenne.

    Sauf que l'utopie et l'idéologie se heurtent toujours au réel.

    Et plus on s'éloigne du réel, plus la baffe donnée par le réel est grande.

    Quel est donc ce réel qui a frappé de stupeur l'idéologie européenne?

    Sûrement le fait que les gens souhaitent légitimement que les décisions les concernant de manière quotidienne soient accessibles et puissent faire l'objet d'une contestation.

    Ce que ne permet pas l'Union européenne, au contraire pour l'instant du niveau national ou local, la France des dernières semaines en étant un bon exemple entre les manifestations, les zadistes, les agriculteurs en colère, ...

    Sûrement le fait que les gens souhaitent maîtriser un tant soi peu leur vie quotidienne.

    Ce que ne permet pas l'Union européenne, qui n'est pas, il faut bien le reconnaître, la seule responsable d'un manque général d'application du principe de subsidiarité.

    Sûrement le fait que les gens restent attachés à une culture, une histoire, des valeurs qui sont locales, régionales, nationales, et qu'ils n'adhèrent pas fondamentalement à des valeurs abstraites et bien éloignées de leur vie quotidienne et qui ne leur parlent pas.

    Mais bien plus, l'idéologie européenne a été frappée de stupeur car elle se confond avec une mondialisation financière malade qui tente de survivre coûte que coûte par une globalisation toujours plus grande.

    La panique ne réside pas tant dans le principe d'une sortie démocratiquement choisie, mais bien dans ses "conséquences financières" énoncées dans tous les médias, qui témoignent du caractère idéaliste et utopiste d'un projet qui souhaite passer outre l'histoire, la culture, les économies locales, les modes de vie et les valeurs des membres de l'Union.

    Car le projet européen ne reposant pas sur une communauté préexistante, il n'a comme seule véritable valeur à mettre en avant que le "bonheur" de l'individu atomisé, sans communauté historique et culturelle, mais qui devrait "quand même" être heureux" d'être un "citoyen européen" et d'avoir un "boulot".

    C'est bien léger.

    Malgré ce constat d'utopisme l'Union européenne poursuit sa course vers le mur du réel pour mieux le percuter: taux d'intérêts négatifs de la BCE, Quantitative easing, financiarisation, TAFTA, harmonisation forcée des économies, principes budgétaires abstraits (les 3% de dette...).

    Car le projet européen sait qu'il n'est rien s'il ne repose sur une course en avant mortelle vers la globalisation que rien ne doit arrêter, sinon des concessions à la marge.

    La panique ne réside pas tant dans le principe de la démocratie, mais dans le fait que cette démocratie ne soit pas droit de l'hommiste, libertaire et atomiste, qu'elle refuse d'adhérer à l'idéal proposé parce qu'il serait forcément bon.

    Le parallèle a souvent été fait avec l'URSS, et à juste titre.

    Le BREXIT n'est qu'une alerte supplémentaire sur le dérèglement d'un système qui ne repose pas sur le réel, tout comme l'avaient été les révoltes de Prague et de Pologne.

    La panique des marchés et le chômage de masse ne sont que des indices de quelque chose de pourri dans le Royaume du Marché Unique, tout comme l'avaient été les usines pleines de salariés mais sans travail en URSS.

    L'aggiornamento proposé de l'Union, plus sociale, plus consensuelle, ressemble furieusement à une perestroïka qui ne remet pas en cause les fondements même de l'idéologie.

    Espérons que nous n'aurons pas à vivre les affres qu'ont connus durant 15 ans les pays de l'Est à la chute de l'URSS.