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  • Les terroristes, des nihilistes?

    Dans un article fort intéressant, comme si souvent, Monsieur BELLAMY écrit :

    "Si le djihadisme est un nihilisme, il n’est pas étonnant qu’il prospère singulièrement dans le vide d’idéal qui traverse notre société"

    Le contenu de l'article s'appuie sur le raisonnement suivant:

    - ces gens ne sont pas croyants

    - on ne convertit pas les gens par la violence

    - le nihilisme de notre société permet l'apparition d'un nihilisme religieux

    - le Politique ne remplit plus son rôle pour empêcher l'apparition de ce nihilisme

    - la réponse sécuritaire ne suffira pas à lutter contre l'islamisme

    De nombreux constats apparaissent parfaitement justes, mais d'autres me semblent plus critiquables.

    Il s'agit du nihilisme des terroristes d'une part, et de la portée de la violence dans l'adhésion des gens d'autre part.

    Les islamistes ne sont pas des nihilistes.

    L'assertion selon laquelle les terroristes seraient des nihilistes oublie à mon sens un grand nombre de facteurs essentiels.

    Monsieur BELLAMY écrit ainsi: " Chez eux, la rencontre avec un Islam caricatural a servi de catalyseur pour transformer le vide passif qui marque notre collectivité, en une sorte de vide actif, individualisé. Du néant devenu puissance d’anéantissement : voilà ce qui définit le terrorisme contemporain"

    Je partage l'analyse selon laquelle le vide culturel, moral, intellectuel et social de notre société produit des monstres.

    Mais il est néanmoins essentiel de rappeler que ces gens croient: ils croient mal, c'est une évidence pour une personne un tant soi peu rationnelle, mais ils croient sincèrement.

    Si Foi et Raison ne s'opposent pas, cette affirmation relève d'un travail intellectuel effectué par le Catholicisme qui confirme la validité de la foi par l'appel à des concepts qui n'en relèvent pas directement.

    Nous sommes sémites spirituellement selon le mot de Pie XI, mais nous ne sommes pas uniquement sémites dans notre approche des rapports entre Raison et Foi.

    Si l'Islam, et je partage la position de l'auteur, a un immense travail de réflexion à fournir sur la cause de l'apparition des terroristes (mais a-t-il foncièrement envie de le faire?), l'existence des terroristes n'invalide absolument pas l'existence et la sincérité de leur croyance.

    La religion dans une approche traditionnelle est une vertu, une bonne habitude, dont l'objet est la reconnaissance de la nécessité d'un Créateur qui nous maintient dans l'existence.

    On peut ne pas pratiquer cette vertu et tomber dans un vice opposé qui consistera à refuser de manière permanente et durable à accepter l'existence d'un Créateur.

    Néanmoins la vertu de religion demeure une part constitutive de l'homme qui remarque la vacuité de son existence et questionne naturellement la recherche des causes de celle-ci: qui m'a créé ?

    A ce titre tout culte religieux, en ce compris le Sacrifice Eucharistique, est une reconnaissance de cette réalité: j'ai un Créateur dont mon existence dépend.

    La question du pourquoi on m'a créé et des conséquences de l'acceptation de cette réalité ne relèvent néanmoins plus directement de cette seule vertu.

    S'il est souhaitable que cette recherche s'appuie sur l'intelligence des personnes, il demeure que tout le monde n'est pas égal face à la recherche des causes.

    D'importants facteurs (familiaux, culturels dans l'ensemble des assertions du terme, sociaux), influent sur la possibilité des personnes de réaliser ce chemin intellectuel.

    Je m'explique: il est plus aisé d'adhérer à un argument d'autorité venant d'un Livre, de personnes charismatiques et qui apparaissent légitimes, que de réfléchir personnellement à l'origine de notre existence et sur les conséquences à en tirer.

    Il est donc essentiel de bien annoncer que ces gens croient, mais que l'objet de leur croyance est un leurre.

    Cela est essentiel à la prise en compte de la réalité des faits.

    Bien davantage, ces gens sont les révolutionnaires du XXIème siècle et la finalité de leur combat est tout sauf nihiliste.

    Dans un article récent paru dans le Point, Monsieur Olivier ROY démontre de manière très fine cet état de fait.

    Face et parce que nous sommes dans une société globale et nihiliste, les terroristes "adhèrent au salafisme, qui est une négation religieuse de toute culture particulière, toute ethnie, toute nationalité".

    La finalité de leur combat est la suivante: l'établissement d'un monde global de paix où tout être humain suivra les préceptes de l'Islam et satisfera au Culte à rendre à Allah.

    Leur combat est le plus éloigné qu'il soit possible d'être du nihilisme et propose un but dont on peut comprendre la noblesse: être les acteurs de la Volonté divine en vue d'instaurer la Terre promise aux croyants.

    Il n'est d'ailleurs pas innocent qu'on constate la tentative maladroite de rapprochement des précédents révolutionnaires communistes, qui eux aussi cherchaient un paradis terrestres, mais sans Dieu.

    Les terroristes, s'ils sont le fruits du nihilisme et usent des moyens liés à ce nihilisme, sont bien à l'opposé du nihilisme dans leur démarche et dans les causes de leurs actes.

    La violence n'empêche que de manière relative l'adhésion

    Autre assertion à mon sens insuffisamment explicitée, leur violence entraînera la défaite des islamistes.

    "personne ne peut s’obliger lui-même à croire en quelque chose sans raison valable. Le philosophe Epictète s’étonnait déjà de cette indéfectible résistance de la pensée… Le terroriste peut donc braquer ses armes sur un homme, ou sur tout un peuple, en lui ordonnant de croire à l’Islam : sa défaite est assurée d’avance".

    Certes, en tant que catholique, je crois et suis persuadé que la Victoire est déjà acquise, malgré les péripéties des temps passés, actuels et à venir et on ne m'imposera pas aisément que j'ai tort.

    Mais pour autant, la défaite de la violence ne peut se résumer à un simple constat que personne ne peut s'obliger à croire en quelque chose sans raison valable.

    Limiter la puissance de la violence ou réduire le combat des terroristes à la violence apparaît très réducteur.

    Quelle sera la situation dans laquelle vivront mes enfants et petits-enfants?

    L'Islam n'a jamais eu honte de se servir de la violence pour s'imposer, et cela lui a plutôt bien réussi: il a écrasé le christianisme en Orient et dans toute l'Afrique du Nord par les armes.

    Mais il ne s'est pas contenté de la violence pour convaincre, même s'il a eu souvent besoin de réprimer des révoltes (Serbie, Grèce, pour ne citer que l'Europe).

    Il a usé d'armes touchant directement à la vie quotidienne des gens: impôts et statut de la dhimmitude, ascenseur social en cas de conversion, usage des réalités tribales ou incitation à la conversion des rois soumis, polygamie... autant de moyens matériels qui ne visent pas forcément à convaincre l'intelligence et le cœur des gens, mais à progressivement imposer une population très majoritairement musulmane avec les règles de vie de l'Islam, sans qu'il y ait besoin de dialoguer avec l'autre ou de réfléchir.

    On peut faire le parallèle avec l'utilisation dans certaines régions de France de la discrimination aux aides sociales durant la IIIème République qui a entièrement déchristianisé des départements entiers (je pense à l'Ariège par exemple).

    Certes, nous ne sommes pas encore dans cette situation où la conquête politique et militaire du pouvoir a eu lieu.

    Certes, le combat révolutionnaire actuel est très largement violent, et il entraînera peut être la défaite militaire de ce groupe.

    Mais il serait naïf de croire que ce combat ne dépasse pas le simple cadre de la violence qui en est une des composantes dont l'avenir n'est pas si incertain que cela.

    Les conditions d'apparition de ces gens demeurent toujours et il y a hélas peu de chance d'amélioration à court et moyen terme.

    En outre, la politique ambigüe de nombreux Etats occidentaux et parfaitement coopérante de nombreux Etats riches se référant à la Charia incite grandement à la prudence sur la défaite rapide de la violence.

    D'autres groupes terroristes apparaîtront peut être, et même sûrement.

    Il faut constater également, et c'est terriblement humain, qu'il existe une part de l'homme qui est prêt à accepter moralement la défaite face à la violence pour ne plus avoir peur.

    On sent déjà poindre chez nos concitoyens ou nos élites une certaine résignation, encore diffuse, mais en marche.

    Enfin, les sources de financement de l'Islam en France ne doivent pas laisser penser que le combat passe uniquement par la violence mais qu'il également culturel, sans avoir à évoquer l'aspect démographique de la situation toujours sujet à controverses.

    En conclusion, la lutte contre notre nihilisme est une nécessité dans la période actuelle, mais il ne faudrait pas croire que nous luttons uniquement contre des gens nihilistes et violents parce qu'ils sont les fruits de ce nihilisme.