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Jean-Jacques vs Marion

Nouvel article de mon ami Caujac pour le Blog, que je remercie vivement de sa participation.

Ce mardi, dans son émission matinale, Jean-Jacques Bourdin s’entretenait avec Marion Maréchal-Le Pen. Comme à son habitude, le journaliste a décoché quelques questions pointilleuses : nombre de migrants dans la jungle de Calais, nombre d’habitants en région PACA, nombre de migrants destinés à être accueillis dans cette région. Réponses insatisfaisantes de la jeune députée frontiste, aux yeux de notre Jacques Chancel des temps modernes et des médias nationaux. Le Figaro.fr titrait par exemple : Ex-tête de liste en Paca, Maréchal-Le Pen n'en connaît pas le nombre d'habitants, La Dépêche du midi : La grosse bourde de Marion Maréchal-Le Pen sur les habitants de sa région.

Ce genre de situation n’est pas nouveau et des politiciens de tous bords y furent confrontés, avec les reproches et les moqueries qui en découlent. On se souvient de Ségolène Royal et des sous-marins nucléaires, de Fleur Pellerin et des livres de Le Clezio, de Xavier Darcos et de la règle de trois ou encore de Myriam El Khomri et des CDD. Il est par ailleurs étonnant que les hommes politiques n’aient toujours pas intégré les façons du sieur Bourdin, pourtant coutumier du fait, en préparant des réponses automatiques telles que : « et vous monsieur Bourdin, savez-vous si le transducteur de votre micro est électrodynamique ou électrostatique ? ». Se payer la tête des politiques ! Voilà une occupation bien agréable, quasi-thérapeutique, à une époque où nombre d’entre eux donnent l’impression de mépriser ceux qu’ils sont censés servir. Pourtant, ces procès en incompétence ne sont, pour une fois, pas justifiés et révèlent quelques tendances inquiétantes de notre société.

La première, la plus importante, est que le politique est peu à peu remplacé par « l’expertocratie ». Cette tendance trouve des racines dès 1945 avec la création de l’ENA, de l’IEP et – de manière plus générale - le développement de l’administration et des hauts-fonctionnaires au sein de l’Etat. De cette administration surgit de nombreux hommes politiques, de Valery Giscard d’Estaing, premier énarque président de la République, à François Hollande, élève de la promotion Voltaire. Cette inflation de l’administration au détriment du monde politique traditionnel s’accommode bien du développement, au même moment, de l’idéologie libérale. En effet, le libéralisme, idéologie axiologiquement neutre, souhaite pacifier la société par la mise en place de procédés autorégulateurs : le libre marché, le droit, la science, la technique… Dans cette perspective, le politique, c’est-à-dire la conduite du pouvoir en vue du bien commun, légitimée par le vote des citoyens, apparait comme une source de discorde potentielle. Mieux vaut confier le gouvernement des choses publiques à des spécialistes, nourris aux sciences sociales et économiques, bien à l’abri des fluctuations de la volonté populaire. Des institutions comme la Commission européenne ou le FMI apparaissent alors comme des « synthèses » avancées de cette expertocratie. Ce phénomène dépasse d’ailleurs largement la sphère politique puisque l’ensemble de la société est maintenant envahie par les « experts » : nutrition, rangement, éducation, séduction, tout y passe. Le désir récurrent de voir davantage de membres de la « société civile » aux manettes de l’Etat relève, en partie, du même phénomène. D’aucuns demandent un ancien sportif à la tête du ministère des sports, d’autres un médecin pour la Santé ou un chef d’entreprise à Bercy. L’Etat n’a pourtant ni les enjeux, ni le fonctionnement d’une entreprise et, dans une démocratie saine, un homme politique vient toujours de la société civile. Ce désir est donc en soi un non-sens mais il traduit bien, à la fois l’illusion qu’un spécialiste ferait un meilleur ministre, et le fait qu’il y a dans notre pays des « politiques professionnels » qui parasitent et confisquent le pouvoir. Pourtant, comme le dit en substance Alain de Benoist, d’un ministre de la santé, on attend qu’il soit capable d’établir, non des diagnostics médicaux, mais des décisions politiques, car son soucis n’est pas la santé mais le bien public. Le rôle de l’administration est, précisément, de donner aux politiques les outils et les connaissances précises pour mettre en œuvre une vision approuvée par le peuple. Mais les outils n’ont pas à se substituer à cette vision et les hommes politiques n’ont pas à être des experts dans tels ou tels domaines. Le rôle de l’homme politique est d’appliquer dans les différents champs que sont l’éducation, la défense, la politique étrangère et j’en passe, la volonté du peuple, en vue du bien commun.

La seconde conclusion à tirer de cette affaire est qu’il faut distinguer la méconnaissance, légitime, des détails techniques que l’homme politique gèrent – et pour lesquels il est aidé d’une administration – de la méconnaissance du réel de certains politiciens et de la nouvelle classe dirigeante. En ce sens, ne rien savoir du prix de la baguette de pain ou du ticket de métro est, à mon sens, bien plus grave et révélateur. Cela est souvent le corolaire d’une indécence qui conduit certains à dépenser des sommes extravagantes dans les taxis ou les coupes de cheveux. Monsieur Bourdin gagnerait à démasquer ces profiteurs plutôt qu’à décrédibiliser les hommes politiques pour de mauvaises raisons.

Caujac

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