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Politique

  • De la démocratie et de ses miettes...

    La Grèce demande à son peuple l'examen des propositions formulées par ses créanciers.

    Ô scandale, Ô manque de courage politique, Ô atteinte à l'idée européenne...

    Certains arguments peuvent s'entendre à ce sujet, à condition qu'ils proviennent de la bouche de personnes qui ont une méfiance viscérale de l'appel au Peuple et de ses conséquences.

    Que l'on soit démocrate au sens de démocrate uniquement par la représentation élue du peuple, ou démocrate par la mise en place d'un régime mixte qui définit les rôles de chacun dans les choix à poser pour le Pays ne me gêne absolument pas et les arguments pour s'opposer à un référendum trouvent leurs fondements rationnels et leurs lettres de noblesse.

    Il est possible de les contester, de les nuancer, d'en montrer les limites...tout cela relève du domaine prudentiel de la Politique et du débat légitime sur les institutions.

    Mais que des personnes ayant scandé dans la rue pendant une année "Referendum sur le mariage pour tous" s'émeuvent désormais d'un appel au peuple d'un dirigeant démocratiquement élu en suivant béatement les ordres du président des Républicains ou une croyance mystique en la beauté de l'idée européenne me laisse pantois.

    Soit on admet alors qu'en présence d'une crise grave dans un État engageant l'avenir du Pays seul le peuple doit trancher, soit on admet que le Président élu doit prendre ses responsabilités, mais on ne peut pas faire les deux à la fois en fonction des circonstances.

    Si encore les arguments avancés ces derniers jours sur la grise grecque reposaient sur une défense des intérêts de la France (ou de l'Europe pour les convaincus)...

    Là encore je pourrai entendre que la France (ou l'Europe), n'a pas d'intérêt à ce que la Grèce fasse défaut et/ou sorte de la zone euro.

    Mais justifier cette position légitime (bien que je ne la partage pas), par des arguments relatifs à l'appel au peuple d'un dirigeant démocratiquement élu ne répond pas au fond du problème d'une part, et fausse même carrément le fond du débat.

    Justifier également cette position par l'argument d'autorité suprême consistant à affirmer que Tsipras est d'extrême gauche donc dangereux donc stupide est également une merveille de démagogie.

    Encore faudrait il en effet nuancer cette phrase en n'oubliant pas qu'il gouverne en coalition avec un parti souverainiste...de droite, qui aurait très bien pu le mettre en minorité sur cette question.

    Car le fond du débat sur la Grèce n'est pas l'appel au peuple.

    Le fond du débat est celui de la souveraineté des peuples et notamment du peuple grec qui, il y a à peine deux siècles, se soulevait face au joug ottoman pour affirmer son indépendance et sa foi orthodoxe.

    Le fond du débat est celui de la capacité de ces mêmes grecs à rembourser une dette qui tue leur économie.

    Le fond du débat est le fonctionnement des autorités européennes, de la construction européenne elle-même et du système financier dans lequel nous vivons...

    Sur tous ces sujets on demeure hélas à un niveau bien faible...

    Il est vrai qu'il est médiatiquement plus intéressant de débattre sur les petites anecdotes des négociations, les punchlines des dirigeants politiques et la faiblesse morale des dirigeants grecs.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Dieu nous garde de l'équité de la CEDH

    Il est de bon ton dans les milieux catholiques d'affirmer sa foi en une Europe de la paix (Credo in unam Europam) qui permettrait au Vieux Continent de faire le poids face aux Etats-Unis ou à la Chine (ou la Russie, ou l'Inde selon les circonstances) et de trouver sa place dans un monde globalisé et sans âme (bla bla bla...). Bref c'est un noble but.

    Mais si le but et les moyens sont dévoyés, est-il envisageable de sortir des institutions européennes? Tu abuses Pinkernes. Il est regrettable que l'Europe (UE + Conseil de l'Europe) fonctionne mal. Mais c'est le sens de l'histoire! On ne va pas revenir sur les Traités! Et puis il y a des choses qui fonctionnent bien! Et puis il ne faut pas rejeter toute la faute sur l'Europe ! Et puis on ne veut pas la guerre (argh)! Et puis on sait bien que tu n'est qu'un affreux pessimiste un peu faf sur les bords! Et puis une réforme pour plus de démocratie et de la justice sociale suffiront à changer l'Europe! etc.

    Tout n'est pas faux dans ce que je viens d'écrire (et non je ne suis pas faf). Mais cette fatalité/croyance générale est éprouvante pour mes nerfs. Elle est hélas tellement partagée qu'elle devient un lieu commun. On ne peut déconstruire l'Europe. Quels que soient les partis, les courants d'opinion (hors le micro parti UPR sur l'UE), les personnes (hors quelques amis dans la même veine), personne n'ose remettre en question fondamentalement (pas sur les marges hein!) un système qui devient tranquillement un moyen d'imposer la culture de mort de manière durable et juridiquement (presque) incontestable. Une dictature soft de la pensée mortifère.

    Ces derniers temps c'est la Cour européenne des Droits de l'Homme (et de la femme et des LGBT et des sans-papiers et de toute personne qui ne ressemble pas à un homme blanc entre 25 et 60 ans) qui nous régale. C'est parce que c'est sans doute la première fois que l'on expose autant ses décisions au public. Autour de moi les gens tombent du ciel.

    "Quoi? Il est envisageable qu'on puisse un jour imposer un mariage homosexuel dans toute l'Europe? Quoi? La GPA à l'étranger doit être reconnue en France! Quoi? Il est impossible qu'une loi française dise alors le contraire! Quoi? Peut être que Vincent Lambert pourra être débranché et que ça s'imposera à tous les cas similaires! Mais c'est pas démocratiiique (cri hystérique)!!!"

    Que dire? Ben oui. Et en effet on ne peut même pas t'en vouloir d'avoir voté pour vu que le Conseil de l'Europe n'a pas d'organe élu représentatif des citoyens. Etant donné que tu ne veux pas fondamentalement remettre en cause certains dogmes de ton logiciel de pensée j'en arrive même à comprendre ton étonnement. Personnellement ça fait un bail dans le cadre de mon métier que je vois avancer ces choses et qu'on se moque de moi en me traitant d'excité.

    Le problème est que les gens ne s'en rendent en général compte que lorsqu'il est bien trop tard...Tant que ça ne concernait que l'économie, les questions prudentielles de la doctrine sociale en général, nos braves catholiques déploraient pour certains et approuvaient pour d'autres la perte de souveraineté. Mais aujourd'hui qu'on en arrive à des décisions relatives à la morale, donc au Magistère, c'est la panique.

    C'est pas faute de l'avoir dit et répété. Sauf catastrophe sociale, la France est et sera de moins en moins gouvernée par des dirigeants (ayant au moins une légitimité élective): sur les questions économiques par le biais de l'UE, sur les questions sociétales par le biais de la CEDH. Et ce dernier point est bien plus grave encore que le premier car il en est l'aboutissement libertaire logique. Sur les questions sociétales, nous arrivons à un gouvernement de juges chargés d'apprécier à la lumière tamisée d'une loge de leur raison éclairée ce qui est bon pour l'homme européen (la lutte d'influence que se sont en plus livrées les organes judiciaires de l'UE et du Conseil de l'Europe n'a rien arrangé à l'affaire).

    Les justifications sont intellectuellement brillantes. Remplies de sophismes, mais brillantes. Même Socrate aurait eu du mal face à des adversaires aussi coriaces. Le fait est qu'une poignée de juges impose tranquillement, à pas feutrés, en revenant parfois en arrière pour mieux sauter (c'est d'ailleurs ce qui se passera peut être sur le cas Vincent Lambert ou l'euthanasie comme cela s'est passé sur d'autres domaines), des décisions inacceptables pour un catholique.

    Pourquoi ces décisions sont-elles dangereuses?

    Tout d'abord parce qu'elles reposent sur une énième charte autour des droits de l'homme interprétée extensivement. Sa légitimité est donc maximale: les droits de l'homme ne sont-ils pas la loi naturelle moderne (même chez beaucoup de chrétiens)? Ensuite parce que ces arrêts ont une valeur supérieure à la loi. Toute jurisprudence impose une révision de nos lois et l'impossibilité de créer des lois contraires...C'est ainsi. Pourtant la CEDH ne dispose d'aucun pouvoir de coercition. Il serait théoriquement possible d'aller envoyer balader les arrêts. Mais ce serait manquer à la parole internationale de la France. Et personne n'ose aller contre ce dogme important par ailleurs (répercussions diplomatiques, médiatiques, politiques, etc.). Enfin parce que ces décisions ne concernent pas vraiment les gens. Le citoyen ne s'intéresse qu'à la marge à la GPA, à l'euthanasie, au mariage gay, étant donné le peu de chance que ça le concerne un jour dans sa petite vie.

    Quand je vous disais que l'homme politique français de 2014 n'a pas vraiment de pouvoir...vous me croyez maintenant?

    Quelles solutions?

    Au niveau des partis il n'y a hélas pas de solution réaliste à court terme. Avoir le courage de proposer la sortie du Conseil de l'Europe reste utopique (aussi fou que de réformer le système économique mondial), sauf bouleversement social majeur dans le pays (qui peut arriver!). Les parlements d'Ancien Régime sont bien tombés avec la révolution. La CEDH n'est que le parlement de notre régime moderne. Les autres solutions (refonte, nomination de bons juges, refus d'appliquer les arrêts) ne sont actuellement que du temps gagné qui n'aura servi à rien au jour d'une alternance politique (on a vu ce qu'a donné l'abandon de la politique minimale de la chaise vide de de Gaulle le jour où les proeuropéens ont repris le pouvoir en France).

    De toute manière, la guerre menée n'est pas sur la législation française ou un arrêt de la CEDH sur la GPA, le mariage homo ou l'euthanasie. Ces questions relèvent de la bataille (juridique, politique, médiatique) qui peut être gagnée ou plus probablement perdue. Ce ne sont plus que des micro-conséquences d'une guerre bien plus vaste.

    La guerre c'est celle du mariage fondateur du foyer, cellule de base de la société. Et c'est de cela dont il faut absolument parler et investir (et beaucoup le font avec toutes les associations et fondations diverses!!!). D'abord de cela. Le reste mourra de lui-même par l'action politique des personnes investies dans les partis si ce combat culturel est gagné. C'est le divorce et ses conséquences qui concerne les gens. Ce sont les effets de la pilule et de l'avortement qui interpellent les femmes. C'est le rapport à la mort et à la transmission qui parle aux personnes âgées et aux plus jeunes. C'est hélas vraiment pas gagné. L'Eglise elle-même ne présente plus un front uni sur le mariage avec la question de la communion des divorcés remariés. De fervents opposants au mariage homo sont favorable au PACS. De nombreux opposants à la PMA pour les lesbiennes y sont favorables pour les couples stériles. De nombreux catholiques acceptent le principe du divorce même par consentement mutuel (je ne confonds pas ici avec la possibilité de nullités de mariage ce qui est une question différente). Mais ces  contraintes ne doivent pas nous empêcher de parler d'abord et avant tout de cela. L'homme politique se limitera dans le cadre de la bataille à un moindre mal consensuel : PACS, encadrement de la PMA aux couples infertiles (proposition du Grenelle de la famille...), retour déjà bien plus improbable sur le divorce par consentement mutuel ou pour rupture de la vie commune. C'est selon moi fort peu étant donné qu'il ne s'agit encore une fois que de conséquences très extrêmes de causes bien plus graves, même si ça semble à certains énorme.

    Pour conclure, je n'ai rien contre le système de la CEDH tel qu'il est conçu. Que les juges ne soient pas élus m'importe peu. Ils sont les reflets de leur époque, de leurs peuples, et/ou de leur idéologie. Quand la racine est mourante, l'arbre produit peu de fruits...